J'ai toujours considéré la musique comme partie prenante du spectacle vivant en interaction avec le public ; cette position m'a amené, au tout début de ma carrière musicale, à organiser des concerts pour ma formation (The Music Lab) préalablement à tout enregistrement, pour faire "vivre" la musique, déjà très expérimentale, que nous jouions : c'est là que j'ai appris que la démarche "musicale" du compositeur et de l'interprète est tout à fait distincte de celle du producteur ou du promoteur de concerts. Par la suite, ayant fondé Experimental Art Concept, j'ai continué avec les formations que nous produisions la politique des "concerts avant tout", tout en essayant d'adapter, pour les enregistrements en studio, la musique issue du triple processus composition-interprétation-réaction du public pour en créer un produit distinct et destiné à l'écoute plus qu'à la scène : le résultat de cette démarche est ce qu'un journaliste de langue anglaise a dénommé "The New Beirut Sound", un son distinctif, une signature de la production globale de EAC reconnue par la presse et les professionnels du secteur.



Maquette originale de l'affiche pour les concerts
du groupe In-Version (Rim Al Joundi-EAC)


haut de page

 
 


Festival itinérant des Musiques du Sud

A partir de l'expérience acquise à travers les différentes productions de EAC, l'époque était mûre pour une extension de nos activités à des manifestations globales, pour atteindre un plus grand public sur une scène (le Liban) très limitée ; la rencontre se fit entre EAC (que je représentais) et l'AIF (Agence intergouvernementale de la Francophonie) sur un projet de Festival original à l'occasion du IXe Sommet de la Francophonie à Beyrouth, en octobre 2001 : le Festival itinérant des Musiques du Sud, en majeure partie financé par l'AIF, fut une première au Liban de par sa programmation et sa philosophie promouvant une francophonie joyeuse et variée.

Plusieurs formations d'Afrique, du Liban, ainsi qu'un groupe Québécois (Lili Fatale) s'y sont produit dans plus d'une douzaine de lieux, du Sud-Liban au Nord, en montagne, bord de mer, en plein air, dans des salles (suite à une tempête violente à Tripoli, chef-lieu de la région Nord), évoluant parfois dans le public (Gangbé Brass Band), dans des reliques de la guerre civile (le "Gaumont Palace" au Centre-Ville de Beyrouth), etc. : malgré un cas de "Force Majeure" (désistement de la formation d'ouverture du festival le jour précédant cette ouverture) et la conjoncture de l'époque (le Festival a eu lieu du 5 au 15 septembre 2001), le festival s'est poursuivi avec des rencontres parfois surprenantes entre Occident et Orient (Nabatiyeh), et entre l'Afrique et le Liban (Omar Pène et le Super Diamono de Dakar). La musique émergente libanaise a aussi été à l'honneur dans ce festival, avec des formations comme Soap Kills, Secteur B et Karika. (communiqués de presse)

   

 haut de page

 




Musiciens de Mansoura (Beqaa - Liban)

Les Ateliers de Musiques francophones (2002) se sont placés sur un tout autre plan que les autres activités effectuées au sein d'Experimental Art Concept ; autant les premiers concerts et CD produits avaient pour but d'atteindre un public citadin et relativement instruit (et le "Festival itinérant" le grand public libanais), autant le besoin se faisait sentir de faire la jonction entre la capitale Beyrouth et les régions libanaises pour une musique de qualité : le temps était mûr pour les "Ateliers", conçus à la demande du Ministère de la Culture au Liban par Experimental Art Concept et l'Agence intergouvernementale de la Francophonie.

L'idée forte de ce projet était de créer un dialogue des cultures dans les régions rurales du Liban en faisant se rencontrer des musiciens traditionnels de musique populaire libanaise avec des musiciens francophones du cru ; la base organisationnelle pour ce projet existait déjà sous la forme des Centres de Lecture et d'Animation Culturelle que l'AIF, à la demande du Ministère, avait ouvert en 2001 dans une douzaine de petites villes dans les différentes régions du Liban : la partie la plus délicate était d'amener différentes cultures à dialoguer entre elles, sachant que le Liban en tant que tel est avant tout une mosaïque de cultures et de religions dont l'histoire récente est plus qu'antagoniste, et d'amener les musiciens libanais les plus ouverts à coopérer dans le but d'un concert final en création mondiale pour la fête de la musique (21 juin 2002).

 


Les Ateliers ont effectivement eu lieu, avec des musiciens extraordinaires (voir rubrique "photos") et un concert final de très haute qualité musicale (extraits disponibles sous la rubrique "audio" ci-contre), mais ont nécessité une préparation intense sur plusieurs mois, avec deux visites préliminaires (au moins) à chacun des Centres d'Animation concernés et des interviews avec les musiciens locaux, des debriefing des animateurs et responsables dans chaque Clac et, souvent, des décisions drastiques à prendre pour éviter le clientélisme ambiant : ces tournées préparatoires dans les Clacs ont permis un affinage du projet mis au point notamment avec François Picard, professeur d'ethnomusicologie analytique à Paris IV - Sorbonne, qui a assuré la direction artistique générale du projet, et a également présidé les répétitions des musiciens francophones et libanais et donné plusieurs conférences sur les instruments de musique (Kora, Balafon, Nay, `Ûd, Qânûn, Kaval, Guimbarde, Cornemuses et couple Biniou-Bombarde, percussions diverses, clarinettes, trompettes "en quart de ton", etc.) utilisés dans les ateliers - Tran Quang Haï, chercheur au Musée de l'Homme (CNRS) et de nationalités vietnamienne et française, a également, à part des ateliers de guimbarde, fait des démonstrations de voix diphonique et de percussions vietnamiennes.



Nedyalko Nedyalkov (Kaval - Bulgarie)


Youen Le Bihan (Bombarde) et Yves Berthou (Biniou)

 

De la coopération sur le terrain entre Jacques Deck (Responsable des Arts de la Scène à l'AIF), François Picard et moi-même ainsi que des musiciens francophones invités pour animer les ateliers est née une expérience unique dans les annales libanaises (et libano-françaises) : je tiens ici à remercier, à part ces deux amis de qui j'ai beaucoup appris, ainsi que Tran Quang Haï qui fut à cette occasion un modèle de clarté dans ses explications, les musiciens Nedyalko Nedyalkov (virtuose du Kaval - Bulgarie), Lansiné Kouyaté (Balafon - Mali), Yakhouba Sissokho (Kora - Sénégal), et les deux amis que sont devenus Yves Berthou et Youen Le Bihan (Biniou-Bombarde et Small-Pipe), ainsi que les musiciens libanais Jean Madani (Basse electrique) et Ibrahim Jaber (Percussions).

   

 haut de page